Ruby: La Mal-Aimée

par Marie-France Prayal

Depuis quelque temps, j'étais à la recherche d'une femelle coton. J'avais pris contact avec quelques éleveurs. Début juin, je reçois un appel de Belgique: une petite femelle de 2 ans et demi, Ruby, serait prête à partir immédiatement. Je me renseigne sur son histoire: la propriétaire ne peut plus continuer à s'occuper d'elle, son nouveau conjoint n'aime pas les chiens... Et Ruby doit rester sur la véranda, en attendant qu'on lui trouve une maison plus accueillante.

Je suis touchée par l'histoire. En plus, on m'assure que Ruby, avec un peu de soin et d'amour, pourrait devenir une belle chienne d'exposition. Elle est aussi prête à être accouplée. Je me décide donc à accueillir Ruby parmi nous. Mais l'histoire ne s'arrête pas là! Il faut la faire venir! On dirait que la Nouvelle Écosse, que la ville d'Halifax ne sont pas sur les cartes de Européens. Des trajets plus compliqués les uns que les autres sont proposés. Et je décide, après plusieurs heures au téléphone, d'aller moi-même la chercher à Montréal, 919 kilomètres (550 miles) de route!

Me voilà donc en route, avec Sophie ma fille, pour aller chercher Ruby la mal-aimée. À l'aéroport, tout se passe bien, pas d'attente, et voilà la rencontre. C'est vrai, elle ne paye pas de mine, le poil est abîmé, sale, des noeuds aux pattes, mais quel accueil! Tout de suite, elle nous accepte et les coups de langues, et les collades... Elle trouve rapidement une place dans la voiture et nous voilà reparties.

À la maison, Ruby est bien accueillie par nos autres chiens. Évidemment, il va falloir qu'elle se fasse accepter par ces derniers, ce qui n'est pas toujours évident. Elle couche maintenant avec Karyne, mon autre fille et je pense que les deux sont très satisfaites de cet arrangement. Pour son poil, un bon bain la fait déjà paraître beaucoup mieux: d'abord, on découvre qu'elle est plus blanche que grise, que les tâches sur son dos ne sont pas si foncées... Ruby a très bon caractère, elle est très patiente, douce, affectueuse. Elle grogne comme un petit cochon lorsqu'elle est satisfaite, aboit rarement, adore jouer à la balle et sait aussi montrer que trop c'est trop lorsque mes autres quatre pattes décident de l'agacer.

Nous lui avons même trouvé un futur mari, et l'accouplement est prévu quelque part en juillet. En fin de compte, je ne regrette pas ma décision. Elle ne paye pas de mine, surtout avec sa nouvelle coupe qui la fait ressembler à un caniche un peu trop long, mais quels beaux yeux expressifs et quelle reconnaissance! Bienvenue parmi nous, Ruby la mal-aimée, qui, je l'espère, deviendra rapidement Ruby la bien-aimée.

The Coton Malgache, Volume 1, Été 1996, Numéro 3